Au temps où j'étais
(encore) flûtiste
Avant de
tout oublier, je me fais le petit plaisir de vous raconter quelle
a été ma vie de musicien amateur: un monde un peu parallèle à ma
"vraie" vie, mais qui m'est précieux. Je sais bien que ces
radotages n'intéressent plus grand monde, à part quelques intimes,
mais puisqu'il me reste encore pas mal de place pour l'hébergement
de mon site, allons y donc. Vous voilà prévenu.
À Vannes
C'est ma ville natale et c'est dans cette ville que
remontent mes premiers souvenirs musicaux. Mais la mémoire
s'estompe et bien des détails me manquent.
À Vannes, il y avait un conservatoire, très modeste encore, avec
deux professeurs de piano (monsieur Frémont et une demoiselle
dont je ne retrouve plus le nom bien que j'ai été son élève,
également chargée du solfège), deux professeurs de violon
(Monsieur Ferron, également professeur d'alto et Jean Machaut,
l'organiste titulaire de la cathédrale, mais également
violoniste). Il y avait également, je
crois bien, un professeur de violoncelle et un de chant. J'ai
également oublié le nom de son directeur à l'époque. Bien plus
tard, ce poste a été occupé par Yves Peigné, qui avait été
choriste avec moi à la manécanterie de la cathédrale. Le
conservatoire se trouvait alors dans les dépendances à gauche de
l'hôtel de Limur, rue Thiers. Il est actuellement sur le port.
Vannes: hôtel de Limur. À gauche
l'ancien conservatoire
Des récitals de piano avaient lieu, assez régulièrement, dans la
salle des fêtes de l'hôtel de ville (où se déroulaient également
les examens du conservatoire). Les élèves ayant droit à quelques
places gratuites, j'en ai largement profité. Je me souviens d'un
concert de Samson François, essentiellement consacré à Chopin
(j'en conserve pieusement un programme dédicacé) et aussi d'un
concert d'Alfred Cortot, déjà très âgé et se déplaçant avec
difficulté. Il avait choisi un répertoire ne demandant pas trop
de virtuosité, car ses mains ne lui permettaient plus d'aborder
de très grandes œuvres, mais son jeu était exceptionnel. Je me
souviens également d'un concert consacré à J.S. Bach pour lequel
mes parents, très étrangers à la musique baroque, m'avaient dit:
"Bach c'est de la musique
difficile. Si tu t'ennuies trop tu pourras toujours partir
discrètement à l’entracte". Je suis resté jusqu'au bout
et ai apprécié énormément.
Vannes, hôtel de Ville: salle
des fêtes;
un cadre bien impressionnant
pour se produire en public quand on est encore un enfant.
Par ailleurs, les villes de Vannes et Lorient subventionnaient
une troupe d'opérettes, qui se produisait dans les deux villes
alternativement. J'y ai découvert avec ravissement tout le
répertoire viennois, de la veuve joyeuse à l'auberge du cheval
blanc, ainsi que les principales œuvres d'Offenbach. Cela se
passait au cinéma Richemond (dans la rue du même nom), devenu
"Eden" avant d'être fermé, qui avait une grande scène et une
fosse d'orchestre. L'ancien théâtre de la rue des Halles ayant
été fermé pour des raisons de sécurité. La plupart de musiciens
étaient des amateurs (je me souviens que maître Latouche, avocat
et père d'un ami à moi, y jouait de l'alto). Cet orchestre de
chambre a donné quelques concerts, mais je n'y ai jamais
assisté. Il y avait également un petit corps de ballet, formé
des meilleurs élèves de la classe de danse de Gisèle Chariot.
l'ancien cinéma Richemond
(Google street)
Il y avait à Vannes deux chorales: la manécanterie de la
cathédrale, dont je faisais partie et la chorale du grand
séminaire, alors très fréquenté. Dans les grandes occasions,
elles se réunissaient. Pour le 7ème centenaire de la naissance
de Saint-Vincent-Ferrier (je crois) on a frappé un grand coup en
créant une messe pour chœurs, chant d'assemblée et deux orgues
(je crois bien de Jean Langlais, probablement sa "Missa Solemnis
Orbis Factor" de 1968). La messe a été célébrée en plein air,
sur la promenade de la Rabine, par l'évêque de Vannes et les
deux orgues étaient ceux de la cathédrale et de St Patern, en
duplex… La synchronisation était ce qu'elle pouvait mais ça
avait tout de même grande allure.
L'orgue que l'on pouvait entendre régulièrement à Vannes était
surtout celui de Saint Patern, car le vénérable orgue Debierre
de la cathédrale arrivait à bout de souffle (il a été restauré
en 84/85) et son bel orgue de chœur, dont la console est placée
très loin du buffet, n'était guère jouable; en tous cas je ne me
souviens pas de l'avoir jamais entendu.
Vannes, cathédrale, les deux
orgues
Dans les années 60 s'y est ajouté l'orgue de la chapelle de la
clinique Huchet (sur la Rabine) devenue clinique Saint-Louis,
mais cet orgue de communauté religieuse est resté très
confidentiel. J'ai tout de même été autorisé à y jouer une fois,
provoquant la panique de la religieuse organiste qui m'avait
fait monter à la tribune, en commençant d'emblée par un plein
jeu de Clérambault; elle n'avait jamais tiré à la fois plus de
deux ou trois jeux, bien doux, et a cru que j'allais tout
casser.
la clinique Huchet (Google
street): rien n'a changé
Puis en 1970 c'est l'église Saint-Pie X qui a reçu un orgue du
facteur Schwenkedel. Mais je n'étais plus là depuis bien
longtemps.
Également à cette époque a été construit l'orgue de la nouvelle
église Notre-Dame de Lourdes, dont l'abbé Nicolas directeur de
la manécanterie de la cathédrale avait été nommé curé. J'ai très
souvent joué de cet instrument, auquel j'avais accès libre. Une
photo figure sur ma page des
orgues.
du temps où j'étais petit
chanteur; c'était en 1951 et j'avais tout juste 11 ans
J'ai quitté Vannes en 58 et ne suis plus très au courant de ce
qui s'est passé ensuite, hormis l'existence de la chorale
"l'Arche" dont ma mère a fait partie presque jusqu'à son dernier
souffle. Créée par le professeur de chant du conservatoire, très
porté sur le lyrique, c'était une chorale assez particulière et
spectaculaire. Je me souviens d'une représentation, au palais
des arts; du Roi David de Honneger, en costumes et
aussi d'un concert consacré à Charles Trenet, également en
costumes. J'en ai même gardé un enregistrement. Les choristes
faisaient tout eux-mêmes: décors, costumes et s'amusaient comme
des fous.
À Rennes
Mis très tôt
au piano, par des parents bien avisés, j'avais donc connu le
Conservatoire de Vannes puis, devenu étudiant, celui de Rennes
jusqu'au jour où monsieur Cohen, mon professeur, m'a annoncé sans
ménagement, en fin d'année scolaire 1959, qu'avec le niveau
atteint par moi j'allais maintenant devoir choisir: où bien je
m'efforçais de devenir professionnel - ce qui impliquait plusieurs
heures de piano chaque jour et n'était pas gagné d'avance - ou
bien je libérais une place dans sa classe, pour quelqu'un de plus
motivé. Je ne m'attendais pas à cela et suis tombé de haut.
Hé bien,
s'il en est ainsi, autant partir avec dignité et tourner la page
sans faire de bruit. Mais pas question de laisser tomber la
musique! Le piano ne veut plus de moi? Trouvons donc un instrument
plus compréhensif avec les amateurs. Et, tant qu'à faire, plus
facile à caser dans une chambre d'étudiant (il avait fallu
démonter toutes les interrupteurs du couloir pour arriver à le
faire passer...). J'avais eu un grand-père flûtiste, dont je
conserve précieusement le vénérable instrument en bois, au
mécanisme Tulou.
Une flûte,
ça n'est pas encombrant, ça passe partout, c'est facile à
transporter, pas désagréable à écouter. Va pour la flûte. Ayant
déjà un pied - en même les deux - au Conservatoire de Rennes, je
me suis renseigné sur les conditions d'admission dans la classe de
flûte, comme débutant. Je ne pouvais pas mieux tomber: le
professeur de flûte n'avait justement pas assez d'élèves. Sous
réserve de devoir continuer également la classe de solfège,
j'étais le bienvenu. On m'a même prêté l'instrument, le temps
qu'il faudrait avant que je puisse en acheter un.
La première
leçon a été une grande désillusion. J'avais l'habitude d'obtenir
un son (parfaitement juste) du bout du doigt, au piano mais sortir
quoi que ce soit d'une flûte, comme ça, sans avoir appris, c'est
une autre paire de manches. Suffit pas de souffler. Si on sait pas
"comment" souffler, rien ne sort. Et quand quelque chose a enfin
daigné sortir, mon Dieu que c'était laid, et faux!
Passé ces
premières déconvenues, tout a été plus simple et même beaucoup
plus rapide que je ne l'avais escompté. J'avais une bonne
formation musicale, je lisais sans peine la musique, mon oreille
n'était pas trop mauvaise et mes doigts étaient agiles. Très
rapidement mes efforts ont payé et, à la fin de ma première année
de flûte j'avais atteint un niveau, sinon élevé, au moins
utilisable.
Il y avait,
je me souviens, dans la classe une chanteuse et claviériste d'un
groupe de variétés, déjà assez connue à Rennes, qui souhaitait
élargir ses possibilités en y ajoutant un nouvel instrument. Cette
intrusion de la musique dite populaire dans ce temple du
classicisme qu'était le Conservatoire suscitait beaucoup de
curiosité. Mais la demoiselle travaillait, était bonne musicienne
et m'a très vite dépassé. Qu'est-elle devenue?
Rennes: le Conservatoire
C'est
également à Rennes que j'ai découvert l'opéra, au théâtre
municipal (qui a pris beaucoup plus tard le nom d'Opéra de Rennes)
et auquel son directeur Pierre Nougaro (père du
chanteur) avait redonné un nouvel éclat en y faisant représenter
les grandes œuvres du répertoire avec, en tête d'affiche, toujours
quelques grands noms de la scène lyrique française. J'ai encore le
souvenir ému d'y avoir entendu la très grande cantatrice Mady Mesplé.
Je n'étais
pas bien riche à l'époque et les places de théâtre étaient chères.
Alors je squattais le "poulailler", d'où on a d'ailleurs la
meilleure écoute et une vue intéressante sur la salle. Mais il
fallait arriver tôt et un peu jouer des coudes pour avoir une
place (debout) au premier rang, entre deux colonnes; sinon on ne
voyait rien.
Rennes, intérieur de l'Opéra
(extrait de ce site)
À Angers
Puis ce fut
le service militaire, dans le génie à Angers. Une fois les
"classes" expédiées, me trouvant un peu désœuvré, je suis allé
frapper à la porte de l'École de Musique (devenu Conservatoire
aujourd'hui) où j'avais entendu dire qu'il y avait un excellent
professeur de flûte (monsieur Boivin? je ne suis pas certain
d'avoir retenu son nom). Il m'a accueilli très chaleureusement et
je dois dire que grâce à son enseignement éclairé mes progrès ont
été considérables et au prix de beaucoup moins d'efforts qu'à
Rennes; ce qui prouve qu'un bon professeur peut faire des
miracles.
si mes souvenirs sont exacts,
l'école de musique d'Angers se trouvait
alors dans ce bel édifice (vue Google-street)
mais je me trompe peut-être.
C'est déjà si lointain.
C'est
également à Angers que j'ai découvert la musique de chambre, dans
la classe de Monsieur
Raphaël Fumet. J'ai appris beaucoup plus tard
qu'il était également organiste (c'était un homme discret, un peu
effacé et qui ne parlait guère de lui).

Une stupide
rivalité entre les cordes et les vents avait amené l'École de
Musique d'Angers à avoir deux classes distinctes de musique de
chambre, toutes deux confiées à Raphaël Fumet: celle des
intruments à corde et celle des instruments à vent que je
fréquentais donc. Je n'ai par conséquent jamais eu droit, tant que
j'y ai été élève, de jouer avec le moindre violon ou violoncelle!
Stupide, mais je me suis largement rattrapé depuis. Nous avons
travaillé un certain nombre d'œuvres non signées, que j'attribuais
naïvement à notre professeur. Il ne nous a jamais fourni de
précisions, estimant probablement que tout le monde savait qui en
était le compositeur. Ce n'est que plusieurs années après cela que
j'ai découvert qu'il s'agissait de préludes et fugues du 2è volume
du Clavecin bien tempéré, de J. S. Bach, habilement transcrites
par Raphaël Fumet. Je lui en ai un peu voulu sur le moment, ainsi
que de mon ignorance, mais après tout, il n'avait jamais prétendu
non plus en être l'auteur...
Par contre
mon professeur avait un fils, guère plus âgé que moi, Gabriel
Fumet
qui était alors élève de flûte au Conservatoire national de Paris.
Il a fait bien du chemin depuis et est devenu l'un de nos
meilleurs flûtiste français. Je ne pense pas qu'il se souvienne de
moi: son père avait envisagé un sonate, lui à la flûte et moi au
piano. Il avait mis son propre piano à ma disposition, pour
que je puisse travailler. Mais le niveau technique de Gabriel
Fumet m'écrasait, alors que le mien n'était vraiment plus à la
hauteur: quand on ne travaille plus un instrument, on le perd très
vite. Et son père, dans la pièce à côté, s'en est vite rendu
compte. Bref, on en est resté au stade de l'intention.
Toujours
pour combler le temps vide - car je n'avais vraiment pas grand
chose à faire de mes journées - j'ai tenté d'apprendre tout seul
l'harmonie, au moyen du Traité d'harmonie de Théodore Dubois vers 1921). Plus académique tu
meurs! Je me souviens y avoir trouvé, en substance, des conseils
du genre "ces enchainements sont à éviter
absolument. Toutefois Mozart s'est parfois hasardé à l'employer". Ou encore "ce n'est pas parce que J. S. Bach
s'est permis ce genre de modulation très mal préparée, que vous
devez l'imiter". Comme les horaires de la classe
d'harmonie n'étaient pas compatibles avec mes obligations
militaires, j'ai eu droit à quelques bienveillantes corrections de
mes exercices par le professeur: le brave homme! Lui et moi nous
sommes très vite lassés de ce petit jeu.
La flûte,
par contre, je la travaillais avec assiduité, tous les jours après
le déjeuner dans les vastes combles de la caserne où non seulement
l'acoustique était magnifique mais où je pensais ne déranger
personne. Ce n'est que lorsque mon capitaine a pris sa retraite
qu'il m'a avoué que, sa chambre étant exactement en dessous,
j'avais quelque peu perturbé ses siestes mais qu'il avait été très
satisfait de constater que j'avais fait de gros progrès...
Angers: c'est dans les combles
de la caserne Desjardins
que je travaillais la flûte
À
nouveau à Rennes
Service
militaire achevé, je me suis à nouveau retrouvé à Rennes pour
achever le cursus de mes études d'architecte; avec une nouvelle
flûte Yamaha que j'avais acquise à Angers. Un peu déçu par
l'enseignement que j'avais reçu au Conservatoire, en comparaison
de celui de l'École de musique d'Angers, je ne me suis pas
ré-inscrit en classe de flûte mais, pour garder un fer au feu,
j'ai continué la classe de solfège: j'en avais encore besoin, ça
ne me déplaisait pas et c'était un endroit idéal pour se faire des
contacts avec d'autres musiciens.
Souhaitant
utiliser mes nouvelles connaissances je suis rentré à l'orchestre
universitaire, dirigé par monsieur L'Hermelin, le
secrétaire du Conservatoire: niveau médiocre mais bonne ambiance
et même franches rigolades à l'occasion. À part quelques concerts
d'initiation dans les école avec des œuvres d'accès facile
(petites symphonies de Mozart ou Haydn), nous assurions la partie
musicale des évènements académiques tels que la réception d'un
nouveau docteur Honoris Causa, avec hymne national et une ou deux
œuvres d'un compositeur de même nationalité que le récipiendaire;
ce qui n'allait forcément tout seul lorsque cette personne était
issue d'un pays aussi exotique que le Pakistan ou la Corée...
Le pupitre
de seconde flûte était tenu par un brave homme qui partageait avec
Beethoven la particularité d'être sourd comme un pot. Pas facile.
Mais me disait-il, avec mon appareil
j'entends tout de même un peu, je perçois les vibrations, ça me
plaît et de toutes façons il suffit de regarder le chef et de bien
le suivre. Admettons. Il y prenait un grand
plaisir, s'appliquait énormément et quand ça dérapait un peu ou
qu'il jouait vraiment faux, avec son assentiment, je lui donnais
un petit coup de coude. Pas de quoi se fâcher.
Mais, avec
quelques musiciens de l'orchestre nous avions d'autres ambitions.
Alors nous avons fondé un petit ensemble de musique de chambre que
nous avons appelé, en toute modestie et un peu en latin de
cuisine, Ars Juvenis. Les noms d'ensemble en latin étaient très à
la mode à cette époque. Bien que cette initiative ait été très mal
vue par le directeur du Conservatoire (monsieur François Capoulade), qui avait interdit à ses élèves de
nous rejoindre, nous en avions tout de même débauché quelques uns,
qui ne s'en vantaient pas. Par la suite les autorités musicales de
Rennes ont fini par nous tolérer, puis nous considérer comme un
partenaire fiable et même nous envoyer leurs meilleurs éléments.
Entre-temps le petit ensemble était devenu un orchestre
symphonique, élément incontournable de la vie musicale rennaise.
Mais j'avais déjà quitté Rennes pour Saint-Brieuc.
Ars Juvenis en concert à
Erlangen, Allemagne
Ars Juvenis
a donc grandi petit à petit et s'est bonifié. Il lui a vite fallu
trouver un chef. Nous avons recruté un jeune chef, Xavier Ricour.
Et nous avons commencé à nous produire à Rennes et dans la région.
Ars Juvenis en répétition
étant donné que je prenais ces photos, on ne m'y voit évidemment
pas
J'ai encore
dans un tiroir un certain nombre d'enregistrements de cette
époque. Ils sont malheureusement sur bandes, je ne suis plus
équipé pour les écouter ou les repiquer et comme tous les
enregistrements de ce type, ils ont probablement mal vieilli
(l'aimantation ayant hélas tendance à se recopier de spire en
spire). Il ne me reste plus d'exploitable qu'un Gloria de Vivaldi,
donné à Saint-Brieuc en 1972 avec le Chœur Renaissance. J'y
reviendrai, mais en voici le début. Mais si, je vous assure, il y a
bien une partie de flûte et c'est moi qui la joue. Il faut
toutefois de bonnes oreilles pour m'entendre car la flûte double
presque en permanence les premiers violons ou le hautbois.
Xavier Ricour de nos jours
Xavier
Ricour dirige toujours, je crois, mais Ars Juvenis a préféré
changer de chef, dans les années 70. C'est Louis
Dumontier qui lui a succédé, avant de décéder
en août 2006. Nous étions en effet resté sans chef pendant que
Xavier devait accomplir son service militaire et, pour que
l'orchestre continue à travailler en son absence et du fait que la
flûte était peu utilisée dans notre répertoire, les musiciens
m'avaient demandé de les faire répéter, une semaine sur deux,
puisque je n'avais rien de mieux à faire. Mais la direction est un
métier, qui ne s'improvise pas et mes limites ont rapidement été
atteintes. Je me suis en particulier cruellement rendu compte que
je ne connaissais strictement rien aux instruments à cordes et à
leurs exigences.
Ma formation
demandant donc à être revue et augmentée, je suis retourné frapper
à la porte du Conservatoire et demander si je pouvais être admis
comme débutant dans la classe de violoncelle. Pas de problème.
C'est madame L'Hermelin (l'épouse du secrétaire - chef de
l'orchestre universitaire) qui m'a accueilli dans sa classe, avec
une grande gentillesse et d'immenses talents pédagogiques. Je n'ai
pas joué bien longtemps du violoncelle mais j'étais fortement
motivé et avais déjà acquis de solides bases musicales. Mes
progrès ont été fulgurants; je n'en reviens encore pas. Au point
que, le chef étant revenu de l'armée, il m'est même arrivé de
remplacer (tant bien que mal) un violoncelliste momentanément
absent à l'une ou l'autre des répétitions. Il ne m'en reste rien
je pense, en tous cas je n'ai pas tenté l'expérience, mais cette
expérience m'a énormément enrichi sur le plan musical. Je n'ai
plus actuellement de violoncelle. Lorsque j'ai cessé de prendre
des cours, je l'ai vendu à un ami, bon violoncelliste, qui
louchait dessus depuis longtemps car cet instrument du XIXè était
d'une grande qualité. J'ai appris qu'il avait, hélas, été détruit
dans un incendie quelques années plus tard.
c'est bien moi, vers 1970,
avec un autre Gérard, hautboïste
À
Saint-Brieuc
Diplôme
d'architecte en poche et après avoir achevé ma formation pendant
trois ans dans une grosse agence d'architectes, j'ai décidé de
voler de mes propres ailes et ai choisi de faire mon trou à
Saint-Brieuc, début 1972. Je ne vous entretiendrai pas de ma
carrière - ce n'est pas le but de cette page - mais de ma vie de
musicien dans cette ville.
Saint-Brieuc
a bien changé, mais en 1972 c'était encore presque un désert
musical. Il y avait bien une petite école de musique (devenu
depuis un assez gros conservatoire) mais la ville ne proposant
alors aucunes études universitaires, la plupart des jeunes
musiciens la quittaient un fois le bac en poche. Pas d'orchestre,
même de chambre. Cela me manquait beaucoup. Avec deux amis, un
organiste professionnel et la professeure de flûte de l'école de
musique, nous avons tenté de faire un peu de musique. Cette
tentative s'est vite arrêtée car j'étais un peu un boulet pour
eux, qui visaient plus haut que je ne pouvais atteindre. Quant aux
élèves de l'école de musique, c'était le contraire, ils ne me
suivaient pas.
Je venais
d'arriver à Saint-Brieuc quand une chorale des Côtes-d'Armor, le
Chœur Renaissance fondé et dirigé par Loïk Le Griguer, a fait
appel à Ars-Juvenis pour donner le Gloria de Vivaldi. J'ai été
heureux de retrouver les musiciens que je venais de quitter et de
me joindre à eux, le temps d'un concert (écoutez l'extrait de ce concert déjà proposé un
peu plus haut)
Cette photo du Chœur Renaissance
en concert dans la basilique de Guingamp
doit plus ou moins remonter à cette époque
Au début de
l'été, le chœur a donné le Te Deum et le Magnificat de
Charpentier, également avec Ars Juvénis. Ces œuvres ne faisaient
pas appel aux flûtes, alors j'ai demandé à chanter, dans le
pupitre des ténors et y suis resté jusqu'à l'âge de ma retraite!
Voilà comment on se recycle avec bonheur.
Mais ma
flûte n'avait tout de même pas encore donné ses dernières notes et
j'essayais d'en jouer à chaque occasion qui se présentait, soit en
première partie de concert, soit avec un autre ensemble
instrumental et vocal créé dans la région de Lamballe par un de
mes amis, Michel Bourdel, décédé en 2014: l'ensemble Landsegal.
Il ne reste
pas grand chose non plus pour témoigner de cette époque, mais j'ai
retrouvé un vieil enregistrement d'un concerto pour 2 flûtes de
Vivaldi, donné en concert dans une église de Brest avec
l'orchestre universitaire. Si vous voulez l'écouter c'est sous ce lien. Je joue la
seconde flûte, la première étant jouée par monsieur Serpolay
(j'espère que je n'écorche pas son nom) qui était professeur de
physique à l'Université de Brest, avant d'achever sa carrière à
celle de Clermont-Ferrand. Bon, ce ne sont pas deux Jean-Pierre
Rampal, la réverbération est un peu envahissante et la prise de
son n'est pas géniale, mais sans vouloir me hausser du coude, ça
fait un beau duo, bien homogène et qui, assure. Non?
Que reste
t-il de tout cela? Eh bien rien, ou du moins pas grand chose. La
flûte est restée dans son étui de longues années, faute de réelle
motivation et d'occasions. Je l'en ai sortie récemment et ai
constaté que j'étais revenu au point de départ, ou presque:
quelques sons faux et déplaisants, un oubli total des doigtés,
bref c'est pratiquement comme si je n'en avais jamais joué. Quel
désastre! Mais la flûte, voyez-vous ce n'est pas comme la
bicyclette: ça s'oublie.
J'ai quitté
le Chœur Renaissance, à peu près à l'époque où j'ai pris ma
retraite, lorsqu'il s'est transformé pour devenir l'Ensemble
Arezzo, une formation plus restreinte mais plus professionnelle.
J'avais le sentiment d'avoir assez donné et aussi la conscience
d'une voix de plus en plus fatiguée et déplaisante à entendre.
Mais cette période de ma vie m'a apporté beaucoup de joies et
confronté à la plupart des grandes œuvres du répertoire. Presque
tous nos concerts ayant été enregistrés, j'en conserve
précieusement la trace et même s'il s'agit d'enregistrements loin
d'être parfaits sur le plan technique (surtout les plus anciens)
et que les fichiers MP3 que j'ai conservés ne leur rendent pas
justice. C'est toujours avec émotion que je les ré-écoute. Par
exemple, ce
premier choeur de la cantate Christ lag in
Todesbanden (BWV 4) de J. S. Bach. Il me reste également quelques
photos, comme celles-ci prises lors d'un concert autour de
la messe en Si de Bach, en 2003 en l'église Saint-Michel de
Saint-Brieuc.
Mais pas
question d'abandonner la musique pour autant! Je raconte dans une autre page de ce
site
comment j'ai tardivement re-découvert l'orgue de mes premières
amours et ce surprenant logiciel de simulation d'orgue qu'est Hauptwerk. J'y consacre à
présent une bonne partie de mon temps, entouré par un petit groupe
d'aficionados avec lesquels j'entretiens des liens fréquents et
cordiaux.
J'ai aussi
continué à donner un coup de main pour les concerts aux ténors de
la chorale Landsegal, jusqu'à la disparition de leur chef. Cet
ensemble, très fusionnel avec son directeur a préféré se dissoudre
après sa mort. Mais je ne sais pas si moi, de mon côté, j'aurais
pu continuer bien longtemps à chanter, avec ma voix cassée et la
fatigue que représente un long concert, debout, pour une personne
de mon âge. Il faut savoir tourner la page. Il ne reste donc plus
que l'orgue, tant que ma vue me permettra de lire une parittion et
que mes doigts ne seront pas trop douloureux...
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